Ascension des Rouies par le glacier (Valgaudémar), été 2014

 

 

Les Forests le 4 Août - En prenant le café sur la terrasse des Forests, je me rends compte que j’ai épuisé toutes les fausses excuses pour décommander ma course aux Rouies (une vague douleur à la cheville après ma dernière randonnée, la peur de mal dormir en refuge au milieu des ronflements des voisins de dortoir, la peur de me trouver avec des jeunes bien mieux entraînés que moi) et je me décide à partir.

 

Après une petite heure, je me retrouve avec mon épouse qui conduit, devant le bureau des guides de la Chapelle en Valgaudémar. Une dame m’accueille, me livre le matériel (crampons, casque, piolet) et me présente le guide, un homme petit et mince, tout en muscles. Je m’inquiète un peu du temps dans la soirée pour monter au refuge du Pigeonnier où nous devons retrouver le guide mais la dame me rassure en disant que des averses sont prévues sur les Alpes occidentales, ce qui veut dire le Dévoluy et non le Valgaudémar.

Nous montons au Châlet-Hotel-Restaurant du Gioberney en bout de vallée, un bâtiment isolé, massif en pierres de granit à côté d’une grande cascade, bâtiment qui a une certaine prestance et où l’on mange très bien pour des prix raisonnables (bonne salade nourrissante de foie gras, au fromage et aux tourtons du Champsaur) tout en voyant à travers les vitres le soir les chamois brouter de l’autre côté du torrent.

Au bout d’une centaine de mètres, je vois deux directions, toutes deux menant au refuge, l’une par la voie normale et l’autre par la cabane du Vaccivier qui m’a l’air plus tranquille et effectivement je ne rencontrerai personne pendant l’ascension. Il se met soudain à pleuvoir, tous les torrents qui descendent des névés et glaciers se mettent à gonfler et le chemin n’est pas toujours clairement visible. J’en arrive à monter le long d’un ruisseau sur des rochers humides avec des herbes qui montent jusqu’aux cuisses. Enfin au bout d’un bon moment où je croise une marmotte qui n’a pas l’air effrayée, je vois une vague cabane sous un rocher, je me dis que cela doit être celle du Vaccivier mais je commence à avoir peur d’avoir pris la mauvaise vallée. Je continue et me retrouve au dessus du refuge de Vallonpierre de l’autre côté de la vallée alors que je sais qu’il est plus ou moins à la même altitude que celui du Pigeonnier. Heureusement, le chemin se met à descendre légèrement et contourne une corniche rocheuse avec de belles vues sur les sommets et j’arrive au refuge où je trouve tout le monde attablé ayant fini de manger et Jean-Michel plutôt inquiet de ne pas m’avoir rencontré à la montée. Je lui dis que j’ai pris l’autre itinéraire ce qui l’amuse et le rassure.

Bon repas qui commence avec une soupe et se termine par un gâteau au chocolat avec des nouilles aux olives avec un peu de bœuf comme plat principal.

Je cause avec des couples qui m’ont l’air nettement plus entraîné que moi. Celui en face de moi part tous les matins du refuge pour faire un nouveau sommet avec en général plus de 1000 m de dénivellation, ils reviennent des Rouies et ils ont l’air en bonne forme.

On me dit que les douches solaires n’ont plus trop d’eau chaude et que demain matin, elles seront carrément froide aussi je m’installe sur mon lit et essaie de dormir non sans avoir fait un tour aux toilettes sèches qui, bien propres et sans odeur marchent avec un mécanisme un peu bruyant que l’on doit actionner 5 fois et que j’entendrai bien des fois dans la nuit de mon dortoir. Je ne dors pas trop bien et à 4h, Jean Michel nous réveille et nous allumons nos lampes.

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Vue lors de la marche d’approche ensommeillée

 

Une petite heure après nous marchons l’un derrière l’autre et Jean Michel nous dit « vous pouvez dormir une bonne demie heure jusqu’au névé qui nous mènera au glacier », aussi nous marchons tranquillement dans la nuit en essayant de ne pas buter contre les rochers.

Arrivé au névé, nous mettons les crampons, baudriers, casques etc. Je n’arrive pas à régler mon casque et mes crampons et j’ai l’impression d’être comme un enfant qu’on aide dans une colonie de vacances quand Jean-Mi vient tout régler. Du coup les autres sont partis en avance et nous devons les rattraper ce qui m’essouffle un peu. Arrivés à la jonction du couloir de glace et du glacier, Jean Mi nous dit qu’il y a 20 ans, quand il a commencé à être guide, il y avait là un mur d’une vingtaine de mètre de glace qu’il fallait escalader ou passer par la paroi rocheuse pour rejoindre le glacier. Fatigué après le couloir terminant le névé, je remercie silencieusement le réchauffement climatique de m’éviter cette difficulté.

 

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Sur le glacier, Jean-Michel et moi

La Barre des Ecrins vue du sud

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Petit problème technique

La cordée

 

 

Un vent froid nous accueille sur le glacier puis le soleil. Nous faisons une pose pour nous mettre de la pommade contre le soleil, des lunettes de glacier pour ceux qui en ont (pas moi) et pour retirer nos casques qui ne sont plus utiles. Nous parlons de l’utilité des piolets et Jean-Mi nous dit que l’entraînement que les jeunes reçoivent sur de la neige dans des pentes relativement douces, ne sert pas à grand-chose en cas de chute dans un couloir de glace incliné, que le mieux est de ne pas tomber et que l’utilité des piolets est surtout pour aider à la marche sur glacier plutôt que pour arrêter une chute. Le mien est un peu petit ce qui fait que je dois m’incliner pour le planter et je ne l’utilise que s’il y a une bonne pente.

La vue est de plus en plus belle, on voit jusqu’au Mont Blanc au nord et au Ventoux au sud mais le plus impressionnant me paraît être la face sud de la Barre des Ecrins, un mélange de glace et de roc très incliné tout proche. Jean-Michel nous montre le sommet du téléphérique des Deux Alpes qui sert pour l’entraînement de l’équipe de France de ski en été et qui est ouvert toute l’année. Nous montons calmement sur un grand plateau tout blanc légèrement incliné, la glace est dure et nous cramponnons facilement. De plus, les crevasses ne sont pas ouvertes ce qui fait que nous n’avons pas trop de détours à faire.

Ceci dit, la fatigue commence à se faire sentir et quand je vois la grimpette finale après la rimaye du glacier se rapprocher, grimpette qui n’avait pas l’air de grand-chose au loin, je me demande si je ne ferai pas mieux de m’arrêter à la rimaye mais je sens que Jean-Michel n’est pas d’accord. Nous passons sur un pont de neige avant la grimpette dans la neige qui enfonce. Je souffle fort derrière Jean Michel et je suis impressionné par le vide qui s’ouvre d’environ 2000 m vers le Gioberney. Jean Michel doit sentir mes réticences et me dit régulièrement « plus que 100 m », « plus que 50 m à grimper » jusqu'à ce que l’on arrive au sommet rocheux où l’on peut agréablement pique niquer avec une vue de tous les côtés. Marie-Jeanne, une experte en médecines douces avec un compagnon ou mari très sympathique me nourrit abondamment et, plus utile, me donne à boire car je n’avais emporté que 50 cl ce qui est assez insuffisant pour une course comme celle là.

Nous redescendons sur le glacier dont la surface est devenue un peu molle, glissons sur le névé et refaisons la marche d’approche vers le Pigeonnier qui me paraît plus longue qu’à l’aller quand Jean-Michel nous avait dit de dormir une demi-heure en marchant.

Il est 1h45 quand nous arrivons au Pigeonnier et nous prenons une bière à la terrasse du Pigeonnier. Nous entamons ensuite les lacets de la descente finale avec de belles cascades pour nous distraire de temps en temps.

La fatigue commence à peser et je suis heureux de rencontrer mon épouse sur la prairie finale avec l’hôtel restaurant qui a les mains bleues après avoir mangé des myrtilles dans la prairie pendant une bonne heure.

Un dernier verre au Gioberney, j’ai l’impression d’avoir une soif qui ne peut être étanchée, et une tarte aux myrtilles et nous rentrons.

 

 

Bernard Mitjavile

 

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